La prévention du cancer de la peau ne se limite pas à la crème solaire
De nouvelles recherches canadiennes appellent à repenser les messages de santé publique
Avec l’arrivée de l’été, les Canadiens s’apprêtent à passer davantage de temps à l’extérieur. Or, de nouvelles recherches canadiennes montrent que la prévention du cancer de la peau ne consiste pas seulement à rappeler aux gens d’appliquer de la crème solaire : elle exige aussi de repenser notre façon d’aborder la protection contre le soleil.
Des études dirigées par le Dr Ivan Litvinov, dermatologue et chercheur au Centre hospitalier St. Mary de l’Université McGill, ont examiné les habitudes d’exposition au soleil et les comportements de protection solaire des adultes et des adolescents partout au Canada. Leurs résultats dressent un constat préoccupant : malgré des décennies de sensibilisation, les comportements à risque liés à l’exposition aux rayons ultraviolets demeurent fréquents, particulièrement chez les jeunes.
L’étude nationale menée auprès des adultes a révélé qu’un Canadien sur trois, soit 33,3 %, avait subi au moins un coup de soleil au cours de l’année précédente.[1] Les jeunes adultes étaient près de deux fois plus susceptibles d’avoir un coup de soleil que les Canadiens plus âgés. Ils étaient également beaucoup plus enclins à utiliser des appareils de bronzage et passaient nettement plus de temps au soleil. Parallèlement, les périodes d’exposition prolongée au soleil ont augmenté au fil du temps, tandis que l’utilisation régulière de crème solaire a diminué.
L’étude complémentaire menée auprès d’adolescents canadiens a mis en évidence des tendances tout aussi préoccupantes.[2] Le Canada a réalisé très peu de progrès dans l’adoption de comportements sécuritaires au soleil chez les jeunes, avec une baisse marquée des pratiques de protection vers la fin de l’adolescence, une période où l’autonomie augmente et où se mettent en place des habitudes qui peuvent durer toute la vie. Ces résultats laissent entendre que les messages actuels de santé publique ne parviennent pas à rejoindre efficacement ce groupe particulièrement à risque.
« Nos résultats indiquent que le problème ne se résume plus à un manque de sensibilisation, explique le Dr Litvinov. La plupart des Canadiens savent que les rayons ultraviolets peuvent causer le cancer de la peau. Le véritable enjeu est que ces connaissances ne se traduisent pas systématiquement par des comportements plus sécuritaires. »
Les recherches mettent également en lumière un phénomène comportemental émergent parfois appelé le « paradoxe de la crème solaire ».[3] Les personnes qui prévoient de passer le plus de temps au soleil sont souvent celles qui utilisent le plus de crème solaire. Cependant, celle-ci peut involontairement leur procurer un faux sentiment de sécurité lorsqu’elle est utilisée pour prolonger l’exposition au soleil plutôt que pour en réduire les effets nocifs. La crème solaire demeure un outil essentiel et efficace pour prévenir les dommages causés par les rayons UV, mais elle doit compléter les autres mesures de protection, et non les remplacer.
La difficulté à modifier les comportements s’explique également en partie par des mécanismes biologiques. Les rayons ultraviolets stimulent la libération de bêta-endorphines, des substances chimiques qui interviennent dans les circuits de récompense du cerveau. Ce phénomène pourrait expliquer pourquoi de nombreuses personnes continuent à rechercher le bronzage, même si elles en connaissent les risques.
Ces recherches montrent que la crème solaire doit s’inscrire dans une stratégie de protection plus large, comprenant aussi d’autres mesures préventives :
- Rechercher l’ombre, particulièrement pendant les heures où les rayons UV sont les plus intenses.
- Porter des vêtements protecteurs, notamment un chapeau à larges bords, des lunettes de soleil offrant une protection contre les UV et des vêtements au tissage serré.
- Appliquer une quantité suffisante de crème solaire à large spectre avec un facteur de protection solaire de 30 ou plus sur les zones de peau exposées, puis en remettre toutes les deux heures, après la baignade ou après avoir beaucoup transpiré.
« La prévention ne signifie pas qu’il faut éviter de passer du temps à l’extérieur, précise le Dr Litvinov. Il s’agit plutôt de réduire les expositions inutiles aux rayons UV tout en continuant à profiter des activités extérieures de façon sécuritaire. »
Dans l’ensemble, ces études menées à l’échelle nationale montrent que les futures initiatives de prévention du cancer de la peau devront aller au-delà des messages centrés uniquement sur la crème solaire. Elles devront promouvoir une approche plus complète de la protection solaire, en particulier auprès des adolescents et des jeunes adultes, chez qui les expositions excessives aux rayons UV demeurent fréquentes.
Sources
[2] Sun Exposure and Protection Practices Among Youths in Canada. JAMA Network Open.
https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2843421